Taux de NEET (Not in Education, Employment or Training) et indice de Développement de la Jeunesse

(Source INSTAT / MICS-6 Madagascar)

1. Taux de NEET (Not in Education, Employment or Training)

Le taux de NEET à Madagascar est non seulement un indicateur de l’exclusion sociale mais aussi un indicateur le plus critique du développement de la jeunesse.

  •  Il est particulièrement complexe car il cache deux réalités : le chômage des diplômés en ville et l’inactivité des jeunes filles à la campagne.
Zone / Région Taux de NEET (Estimé) Profil Type du Jeune NEET
National 27,2 % Majoritairement des jeunes femmes rurales sans instruction.
Urbain (ex: Tana) 29,5 % Jeunes diplômés du secondaire/supérieur en attente d’emploi.
Rural 23,8 % Jeunes déscolarisés travaillant parfois de façon saisonnière.
Sud (Androy) > 35 % Jeunes filles mariées précocement et jeunes hommes sans terre.
  • Il est particulièrement complexe car il cache deux réalités : le chômage des diplômés en ville et l’inactivité des jeunes filles à la campagne.
    • Taux Global (2022-2024) : Environ 25 % à 28 % des jeunes malgaches sont considérés comme NEET.
    • Disparité de genre : Le taux est nettement plus élevé chez les jeunes femmes (proche de 30 %) en raison des mariages précoces et des charges domestiques.
    • Paradoxe de l’instruction : Les données d’Afrobarometer (2024) montrent que bien que les jeunes soient plus instruits que leurs aînés (55 % ont un niveau secondaire), ils sont les plus touchés par le chômage (3 jeunes sur 10).

    2. Indice de Développement de la Jeunesse (YDI)

    Le YDI mesure le statut des jeunes dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’emploi et de la participation politique.

    • Score Global : Madagascar se situe généralement dans la catégorie « Développement Faible » (Low Youth Development).
    • Points faibles :
      • Emploi : Faible intégration dans le secteur formel.
      • Santé de la reproduction : Le taux de fertilité des adolescentes reste élevé (119 naissances pour 1 000 femmes de 15-19 ans), ce qui pèse lourdement sur l’indice.
    • Points de progression : Une légère amélioration de l’accès aux services financiers (Mobile Money) et de l’alphabétisation des jeunes (81 % chez les 15-24 ans).

    2.1 Disparités Régionales : Indicateurs Clés de Développement

    Les régions de Madagascar ne sont pas égales face au progrès. On peut les classer en trois grands groupes :

    A. Les « Pôles de Développement » (Analamanga, Diana, Sava)

    • Éducation : Taux d’alphabétisation des jeunes supérieur à 85 %.
    • Emploi : Accès plus facile au secteur tertiaire et au tourisme (Diana) ou à l’exportation (Sava).
    • YDI :Score le plus élevé du pays, mais pénalisé par le coût de la vie et la criminalité
    B. Les Régions Agricoles Intermédiaires (Vakinankaratra, Alaotra Mangoro)
    • Éducation : Fort taux d’abandon après le primaire pour aider aux travaux des champs.
    • NEET : Taux moyen, car beaucoup de jeunes sont considérés comme « aides familiaux » (emplois précaires).
    C. Les Régions en Retard Critique (Androy, Anôsy, Atsimo Andrefana, Melaky)
    • Santé (MICS) : Taux de mariages précoces dépassant 50 % chez les filles de moins de 18 ans.
    • Accès à l’eau : Moins de 20 % des jeunes ont accès à une source d’eau potable, ce qui impacte leur santé et leur temps de travail/étude.
    • Participation : Très faible accès à internet et aux médias, isolant les jeunes des opportunités nationales.

    2.2 Tableau Comparatif par Province (Données agrégées)

    Province Accès Électricité (Jeunes) Fécondité Adolescente (naissances/1000) Taux d’Alphabétisation (15-24 ans)
    Antananarivo 42 % 85 91 %
    Antsiranana 28 % 145 82 %
    Fianarantsoa 12 % 110 74 %
    Mahajanga 15 % 152 70 %
    Toamasina 18 % 138 78 %
    Toliara (Sud) 6 % 165 52 %

    2.3 Indicateurs de Santé et Éducation (MICS-6 / RGPH-3)

    Région Scolarisation Primaire (TNS) Fécondité Adolescente (MICS)
    National 67,5 % 119 ‰
    Analamanga Très élevé (> 85 %) Plus faible que la moyenne
    Anôsy 7,7 % (très faible) Très élevé
    Atsimo Atsinanana Faible Parmi les plus élevés du pays

    2.4 Les 3 Défis Majeurs selon le Youth Progress Index (YPI)

    Pour Madagascar, le progrès de la jeunesse est freiné par trois piliers défaillants :

    1. Santé et Survie : La malnutrition chronique touche encore près de 47 % des enfants (futurs jeunes), limitant leurs capacités cognitives et productives.
    2. Droits et Libertés : Les jeunes malgaches se sentent peu écoutés dans les processus de décision (faible score de participation politique dans l’YPI).
    3. Infrastructures Numériques : L’écart de connectivité entre les jeunes de la capitale et ceux des régions isolées (comme le Melaky) crée une « fracture numérique » qui bloque l’accès aux formations en ligne et aux emplois digitaux.

    Outre, le YPI permet de voir que le progrès n’est pas uniforme à travers l’île :

    • Besoins Humains Fondamentaux : Les régions comme la Sava et la Diana affichent de meilleurs scores grâce à une économie de rente (vanille, cacao) qui permet un meilleur accès au logement et à la nutrition. À l’inverse, l’Androy présente le niveau le plus faible du pays en raison de l’insécurité alimentaire récurrente.
    • Fondements du Bien-être : L’accès à l’information et à l’éducation est largement dominé par Analamanga, seule région dépassant le niveau de développement humain « moyen ».
    • Opportunités : Cette dimension est la plus faible partout. Le sentiment d’exclusion politique est généralisé, mais il est plus marqué dans les zones enclavées du Melaky et du Menabe, où les infrastructures de transport et de communication limitent la participation citoyenne des jeunes.

    Bref, Les données montrent un « Madagascar à deux vitesses » :

    1. Le Centre et le Nord (Analamanga, Diana, Sava) : Un meilleur accès aux services de base mais un défi de chômage des jeunes diplômés (NEET urbains).
    2. Le Sud et les zones enclavées (Androy, Anôsy, Melaky) : Une jeunesse majoritairement exclue du système scolaire, avec des taux de mariage précoce et de pauvreté extrême limitant tout progrès social.

    Sources récapitulatives :

    • INSTAT / MICS-6 Madagascar : Rapport final sur la situation des enfants et des femmes.
    • Banque Mondiale : Rapport sur l’emploi des jeunes à Madagascar.
    • Social Progress Imperative : Youth Progress Index Report.